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11/13/06 (sd) -- Jean Leclerc chante Mon pays et Texte pour Christiane.

Texte Ă  Christiane

Je trouve que Marc Cassivi a eu des couilles.
Mais qu'il aurait dû en dire plus long, tant qu?à rincer on aurait dû rincer tout le monde. Mais non, il ne m'a si pas mal cité.

Reprenons:
Ce que je disais de la musique d'ici, l'âge de la ouate.
Je ne le pensais pas seulement des jeunes, mais des artistes d'avant aussi.
Surtout les vieux.
Je ne savais pas qu?il y avait une polémique depuis une histoire de Robert Charlebois.
Comme quoi les jeunes bands sont brouillons, etc.
Moi je trouve qu'ils ne sont pas assez brouillons, au contraire.
Pas assez pétés, grinçants, pas assez en tabarnac,
J'ai pas compris qu'il vende ses tounes Ă  la pub, ni qu'il fasse des microbrasseries.

Mais il n?y a pas que lui. Alors, puisqu'on se demande trop depuis longtemps qui je suis, ce que je pense et comment et pourquoi, je vais vous le dire.
Je crois que j'aurais dĂ» bien avant.

Moi, mon enfance ça été l'Afrique noire et l'Afrique blanche, de trois à 15 ans.
Vous savez l'Afrique, où il y a eu les colonies, les guerres, ou encore la pauvreté, la torture...

Je n'ai jamais voulu en parler comme ça pour ne pas être lourd, mais bon là!

Dans la rue, en 1970 à Alger, il y avait des mendiants avec des jambes coupées et pas de chaise roulante.
Il y avait des gens qui chassaient des mouches autour de leur tĂŞte, constamment, mĂŞme quand il n?y en avait pas,
C'étaient ceux qui avaient été torturés, à l'électricité...

Il y avait aussi au lycée des ex-militaires français qui tapaient leurs enfants pour en faire des hommes, leur donnaient des claques à journée longue.
Surtout devant tout le monde.
Un ami à moi restait enfermé par son père professeur ex-colonel, ou je ne sais pas, pendant toutes les récréations parce qu'il était puni, et il se faisait raser la tête quand il avait des mauvaises notes.
C'était l'âge militaire.
À l?école, un surveillant français me frappait, souvent. J?avais 11 ans, lui en avait à peu près 22, toutes les fois où il me voyait.
Un jour un type l?a défiguré à coups de botte.
Il y avait des enfants algériens traumatisés par la guerre, qui détestaient les blancs, qui nous pensaient tous riches.

Avant ça, à huit ans, un gars costaud de 18 ans m?a pris dans ses bras et emmené dans le bois.
Il m?a plaqué au sol pour me violer,
Mais heureusement, il a changé d'idée, soudain. Il est parti.
L'année d'après, il a été mis en prison pour le viol d'une fille.
La prison en Algérie, on disait que c'était le cauchemar.
C?était sûrement un gars qui s'était fait violer, enfant,
Dans les bombardements.

Pendant ce temps le Viet Nam.
On parlait de ça et on écoutait les bands de rock, et on trouvait que les musiciens étaient des héros.
Les chanteurs contestaient, envoyaient chier la bonne conscience, la bourgeoisie, le mensonge, l'hypocrisie.
C'Ă©taient des purs et durs!
Pas des guimauves bio.
On les admirait.
Celle que j?ai aimée la première, Patricia, était angolaise. Chez eux, ça parlait de la guerre et de la torture dans leur pays.
Un jour ils sont repartis, en Angola.
Ils ont Ă©crit quelques temps, la guerre faisait rage.
Ils envoyaient des lettres tristes qui parlaient des bombes.

Et un jour,
On n?a plus eu de nouvelles.
On lisait Christiane F.,
et ça voulait dire quelque chose.
Et Rimbaud et Camus.

On a vu le film « Z » qui parlait de la torture. On avait peur. Les jeunes gars algériens qui trippaient sur les hippies et contestaient étaient dans la merde, se faisaient raser la tête par les flics. Un jour, ils en ont pris avec du hash à la frontière et les ont fusillés.
Des fois, on voyait passer un hippie Québécois et on ne comprenait pas qu?ils ne comprennent pas, en cherchant du hash à haute voix et en parlant de courage et d'indépendance? La ouate, en effet.
Ici-même, la révolution est subventionnée par l'État, alors vous comprenez
Il y avait des Soviétiques qui habitaient dans notre cité, parce que c?était l?Algérie communiste. Il y avait un chef de comité russe qui était le pire téteux de parti que les Russes de notre cité n?avaient jamais vus. Ils le détestaient. Il passait son temps à faire du zèle, à les stooler au comité. Un jour, après des années de bons services, il a demandé une permission pour visiter le Maroc avec sa famille. Il en a profité pour s'enfuir. Il les avait tous bien eus.
Les gens se faisaient fusiller pour des opinions, lĂ -bas.

Un mois, il y a eu une grève à mon lycée, contre les politiciens, la torture; j'avais 14 ans.
On a tout cassé, et j?ai joué de la guitare et c'était cool. On en avait marre des vieux militaires qui dirigeaient le lycée.
On a rigolé.

Le dirai-je? J'ai eu de la peine pour le gars en prison
Qui avait essayé de me violer.
Il a du se faire violer, massacrer, en tĂ´le.
Je lui voulais vengeance mais pas ça.

Les enfants de la guerre étaient traumatisés, je vous le promets.
J'avais peur, j'ai été tabassé à coups de pied.

J?ai commencé à jouer de la guitare parce que j'avais moins peur.
Je comprenais l'idée de faire comme les bluesman qui jouaient.
J'ai compris ce que veut dire avoir le blues.
Et quand on me lançait des pierres de la cité d?à-coté, je me mettais devant ma guitare, pas le contraire.

J'avais toujours envie de pleurer,
Mais je ne le savais pas, je ne parlais plus.
On prenait des barbituriques, on essayait de fumer n'importe quoi

Dans les familles intégristes, il y avait les filles qui se faisaient battre par leurs frères quand elles ne mettaient pas leurs voiles. À 13 ans, je suis tombé amoureux d?une bergère kabyle de 12 ans, après qu'on se soit regardés longtemps dans la montagne. Et je rêvais de l'enlever avant qu?elle se fasse vendre à un vieux.

Il y avait au Togo un garçon qui se faisait punir en se faisant mettre du piment dans les yeux.

Pour moi la musique,
ce n'est pas un exercice de style,
ni un exercice de culture.
Il y avait un chien que des gamins avaient pendu par la taille avec un fil de fer, pour le faire crever. Pas de chance, il avait survécu et on le voyait des fois passer avec son fil entré autour de la taille, enfoncé d?un centimètre, on voulait lui ôter, mais il se sauvait.
Pour moi, vendre mes chansons Ă  la pub c'est comme vendre mon coeur.
Il n?y a pas de fric qui pourra me faire accepter que la boisson gazeuse ou que la bière me la « rock légère ».
Alors on me dit au fric,
Que j'aime le money? Vraiment...
Ah bon!
En revenant ici, en entendant la musique, ça me faisait chier que j?aie pas dit ce que je ressentais,
Et je trouvais ça tellement mièvre et plein de bonne conscience, tellement propret. Non vraiment, de la musique populaire pour faire plaisir à papa.

Non, je trouvais que ça souffrait à mort ici aussi.
Pas seulement du réchauffement de la planète, ni de l?absence d?un pays, voyez-vous, mais aussi de la torture mentale, la bonne conscience, le mensonge chronique.
Enfin...
Je comprenais pas pourquoi ça ne sortait pas dans les chansons
J?ai eu envie que ça groove.

Pas me retrouver dans une réunion de cancans.
J'ai eu envie de chanter « c?est le printemps et c'est l?été et les filles sont déshabillées »...
Pas de chanter les graines de tournesol yéyé, ni d'un pays.
Moi les drapeaux, j?en avais soupé.
Au Togo, un jour, on nous a fait mettre en rang sous le drapeau, et les militaires ont fouetté des gars au sang.
Des opposants au régime? alors moi les drapeaux!
J?ai composé mes chansons en espérant que je vivrais de ça, pas de dire ce qu?il fallait, mais de dire ce qu?il ne faut pas,
On m'accusait de prétention quand je ne remerciais pas.
Vraiment, j'étais si malpoli? Désolé.

Quand il y a eu la Guerre du golfe, j?ai eu peur vraiment que ça se propage.
J?aime le Québec, les rivières et les lacs et le fleuve. Je ne veux pas que le Québec devienne comme ces pays qui ont eu l'horreur, remplis de jambes coupées et de gars et de filles traumatisés, où j?ai grandi. Alors j?ai fait cette chanson, « 1990 », où j'essayais de combattre par le ridicule.
Ça a tourné partout, je ne faisais pas ça pour le fric. Dès que j'ai eu de quoi vivre, je me suis sauvé, je suis parti en voyage avec une copine.
Sur la plage, me foutre des bourges et fĂŞter, et vive Bob Dylan, et Hendrix et Lou Reed, et bonjour Ă  Dutronc et fuck les cons!

J'avais des tournées partout en Europe, mais fuck off, vive ma liberté!
Ma musique n?est pas Ă  vendre, ni Ă  diriger.
C?est un contrat entre moi et moi.
Je me fous de l?ADISQ, des prix, des félicitations de ministres.
Vous savez ce que vous êtes, et ce que vous dites, chacun est juge de son c?ur. Si vous voulez défendre vos forêts et rivières, mais allez-y vraiment!
Moi les rivières, je me baigne dedans et ça purifie tout, et tout le monde devrait avoir droit aux rivières.
Mais ceux qui ne se baignent pas dedans veulent les faire Ă©touffer.
Moi, je n?ai pas encore pris ce dossier-lĂ  parce que je crois que c?est peine perdue.
Veulent pas avoir d'imagination les Canayens, veulent que ça soit faciiiile.
Trouver des solutions qui respectent la terre? Trop difficiiiiile.
Au Quebecanada, on ne va pas chier loin: ça veut dire qu'on chie proche, dans notre maison.
Si on chie pas chez les pauvres autour.


Cassivi, il a eu au moins les couilles d'essayer de dire quelque chose, au lieu de faire son paternaliste comme les autres qui nous bassinent avec l?Ă©mergence des talents depuis 100 ans? gnagnan! Comme si on chantait pour s'Ă©merger et se riche-diversifier!

On dit que je suis dans ma tour d'ivoire, qu'après moi le déluge,
Que je juge de haut? Ce ne sera qu'une phrase niaise de plus ou de moins, parmi les sentences insignifiantes préfabes (pas de faute) qu?on m'assène depuis que je chante, comme quoi les générations et ceci et cela...

J'ai brûlé ma guitare, et mon Jean Leloup. On fait de moi un dignitaire: non merci.

Je ne suis pas un coeur de rocker, ni un microbrasseur. Je ne carbure pas au gaz de fleur de lys ni aux rimes ciselées de l'artisan chanteur. Je ne suis pas coulé dans le rock, j?ai un faible pour les guitaristes qui tranchent et les poètes qui cinglent, et peu me chaut qu'on me dépasse, ça me fait plaisir.

C'est la ouate ici, en effet, mais pas depuis hier, depuis belle lurette.
Je ne veux faire de peine Ă  personne
Allez, forçons-nous, au boulot,
bonne conscience et insignifiance,
Pire que l'effet de serre: plus vicieux
Jeune ou vieux.
Il y a encore des femmes lapidées, il y a encore des politiciens qui essaient de leur plaire tout en plaisant à l'électorat qui lapide.
Que de sourires mielleux.
Je voudrais
Qu' on fasse attention
Qu?on sache qu'on a de la chance et qu'on ne se vautre pas dedans.

Au Canada
Porter la croix
Protègera
Nos foyers et nos droits.
Et Quéébecois
Nous sommes Quéééébecois.
Mais ensuite, quoi?

Au Canada
J'attends encore
Le fleuron glorieux
Le lys victorieux.
L'épopéchétéra
L?épopéchétéra...


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Derničre mise ŕ jour le 18 février 2014. Conception: SD. Photo par Florence Fournier.
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